LA VIANDE OU LA VIE :
LE CHOIX DE LA CONSCIENCE !

Au cours du dernier siècle, et plus particulièrement depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le commerce internationnal a connu un essor extraordinaire grâce à l'amélioration des moyens de transports et de communications. Aujourd'hui, qu'il s'agisse de produits alimentaires ou d'autres biens de consommation, la plupart de nos achats nous lient à des chaînes de production, de transformation et de distribution dont les multiples ramifications impliquent à plus ou moins bon escient de nombreux pays et leurs populations. Ce fait sous-entand que notre mode de vie sain ou malsain, par l'orientation qu'il donne à nos besoins et donc à nos achats, a des répercussions bénéfiques ou néfastes tant sur l'existence des individus qui composent ces réseaux commerciaux que sur les ressouces naturelles -minérales, végétales et animales- dont sont issus les produits que nous consommons.

La qualité de vie d'un cultivateur de vanille malgache, celle d'un producteur de cacao ivoirien ou encore celle d'un grand fermier américain ou d'un vigneron français, par exemple, dépendent en partie de notre propre existence et des choix quotidiens qu'elle implique. De la même façon, la déforestation de l'Amazonie, la raréfaction des saumons dans de nombreuses rivières ou le développement de cultures de lupin et de soja, correspondent aux choix inconscients ou éclairés des consommateurs des pays riches tels que la France. Aujourd'hui, ceux qui prétendent mener une existence saine et responsabilisante doivent prendre davantage conscience des implications indirectes de leurs achats, particulièrement en matière d'alimentation, surtout lorsque l'on sait que la famine et la faim chronique toucheront bientôt un milliard d'êtres humains.

En tête des comportements alimentaires les plus préjudiciables autant d'un point de vue humain que sous l'angle écologique, figure toujours la (sur)consommation de produits carnés : viandes, volailles, charcuteries, etc. Les exigences de production de la viande et de ses dérivés sont en effet contraires à une utilisation rationnelle des ressources agricoles à même de nourrir la population mondiale, contraires également au respect de l'environnement et enfin incompatibles avec la recherche d'une vie et d'une alimentation saines. La transformation des végétaux en chair animale consommable entraîne une perte énorme de pouvoir nutritionnel, ce qui est inadmissible en regard de la famine croissante dans le monde: si ces végétaux et notamment les céréales étaient directement consommés, non seulement la faim finirait par disparaître des pays en voie de développement, mais conjointement les pays nantis y gagneraient beaucoup en qualité nutritionnelle et donc en santé ; mais il s'agit là de toute évidence d'une gageure puisque tels ne sont pas, et de loin, l'idéal et les objectifs des pays industrialisés.

Parlons chiffres : le Français moyen consomme actuellement près de 100 kg de boeuf par an (sans compter porc, volailles, etc), contre 70 kg en 1970 et 50 kg en 1965, ce qui a nécessité une augmentation considérable de la production si l'on tient en plus compte de l'accroissement de la population française durant les 26 dernières années. Pour satisfaire de tels besoins, l'élevage industriel s'est beaucoup développé et concentré dans de grandes unités de production. Les exigences industrielles ont entraîné la standardisation de l'alimentation bovine qui se présente sous forme de tourteaux, graines et farines, comprenant notamment du soja, de l'arachide et du manioc ainsi que de la farine de poisson, massivement importés de pays pauvres. Le palliatif qui a consisté à nourrir le cheptel bovin avec de la farine d'os est d'une telle aberration biologique qu'il a fallu les "vaches folles" pour se souvenir que ces animaux étaient végétariens.

Quant aux substances végétales, en s'appuyant sur les données de Robert Nègre, professeur à la faculté des sciences de Marseille*, on constate que le soja provient principalement du Brésil qui a augmenté de 400 % ses exportations entre 1977 et 1980, alors que dans le même temps 10 000 enfants en moyenne y mouraient de faim chaque année et qu'on y dénombre 38 millions de sous-alimentés. Au Sénégal la culture d'arachide pour le bétail se fait aux dépens des cultures familiales et vivrières (haricot, mil, sorgho). Entre 1969 et 1981, la ration protéinée déjà faible du Sénégalais est passé de 18,7 à 16,9 g/jour, et de 1980 à 1988 plus de 65 000 enfants sont morts chaque année, pour une population de 4,54 millions d'habitants.

En Thaïlande, 90 % de la production de manioc, principale ressource du pays, sont exportés et les bénéfices vont à 50% à l'armée pour seulement 8 % aux agriculteurs. Qui plus est, cette production profite presque exclusivement aux grands propriétaires pratiquant la culture intensive dans le cadre d'accords avec Cargill (géant agro-alimentaire américain). Pendant ce temps 50 000 enfants sont morts de faim chaque année en Thaïlande, pays qui compte seulement 5,1 millions d'habitants. Dans tous ces pays des milliers de paysans sont expropriés de manière expéditive pour que leur terre puisse être utilisée pour les cultures destinées à l'exportation et ceci avec l'accord, voire le soutien, des pays industrialisés.

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